Le petit guide de survie du backpacker dans le bush

Arrivés sur la côte Est à Cairns, nous avons parcouru plus de 25 000 km depuis Melbourne.

On est peut-être pas encore aussi calés que Crocodile Dundee mais quand même, on a survécu au bush et à ses hasards (jusqu’ici).

Quelques conseils que vous ne verrez jamais dans les guides de survie de l’armée…
Ni même chez Man vs Wild.

1 – Hydratez-vous

Vos bidons d’eau sont remplis régulièrement partout où de l’eau potable est disponible, soit dans les villes, les aires d’autoroutes, ou les stations services de Navarre et d’ailleurs. Le traitement de l’eau n’étant pas du tout subtile en Australie, vous alternez avec de l’eau gôut chimique ou goût javel ou goût boue (et même avec la couleur parfois).
Dans le cas où l’arrière goût devient un parfum à lui tout seul, munissez vous de sirop aux fruits et hop l’eau redevient buvable, si vous avez vraiment des doutes, ajoutez des comprimés tueurs de bactéries.

2 – Attention cabinets dangereux

Lorsque vous allez dans des toilettes, que ce soit sur une aire d’autoroute, un camping, un hotel, bref, n’importe où, procédez à une inspection des lieux :
– Avant de fermer à clef, vérifiez l’autre face de la porte et ses recoins. Une araignée menaçante s’y cache peut-être et vous n’avez pas envie de rester paralysé de peur en n’osant plus ouvrir, de peur de passer trop près d’elle. OK un esprit cartésien vous dira qu’elle va pas vous sauter dessus, mais rappelez-vous que c’est une araignée, qu’on est en Australie, et que par conséquent elle vous fait au moisn 10000 fois plus peur que n’importe quelle araignée banale française.
– Une fois rentré, soulevez la lunelle des toilettes, regardez derrière le couvercle et sous le siège. Vous ne risquez pas seulement de rencontrer une araignée tueuse redback, mais aussi une petite grenouille, qui vous surprendra allegrement si elle décide de bouger pendant que vous faites votre affaire.
– Lorsque vous déroulez le papier toilette rappelez vous que le distributeur de pécu est la cachette idéale pour un tas d’insectes indésirables.
– Allez vous laver les mains, ouvrez le robinet et laissez couler quelques secondes avant de mettre vos mains sous l’eau. Les fameuses Redback ont la réputation d’aimer se cacher dans les robinets.
– Retournez à vos occupations avec la fierté d’un Indiana Johns ayant encore une fois déjoué les pièges du bush.

3 – Apprenez à lire le ciel

Vous êtes dépendant du temps. Et souvent trop éloigné d’un journal ou d’un accès internet pour avoir une prévision météo. Lors d’une averse, sachez lire le ciel pour estimer la durée des éclaircies pendant lesquelles vous pourrez sortir de la voiture et préparer le repas sans vous transformer en serpillière.
Lorsque l’éclaircie ne vient pas, sortez quand même sous la pluie faire bouillir l’eau, faites barrière avec votre corps pour permettre aux flammes d’atteindre la bouilloire, attendez environ 1 heure pour que l’eau soit suffisamment chaude pour la soupe et consolez vous en vous disant que ça fera quelque chose à raconter.

4 – Apprenez à vous orienter / lire une carte

Sortis des villes, il est difficile de se perdre tellement il y a peu de routes, mais cela peut vite devenir un piège. A la sortie d’une station service, vous (enfin moi quoi) pouvez tourner du mauvais côté et repartir d’où vous venez. Comme tout se ressemble et qu’il n’y a qu’une route et aucune intersection pour vous repérer, vous pouvez parcourir des dizaines de kilomêtres avant de réaliser votre erreur. Donc à la sortie d’une station service, demandez toujours confirmation au copilote de la direction à prendre.
Entretenez vos capacités de calcul mental car ça peut vous sauver la vie.
Ou tout du moins vous éviter la panne sèche :
« Alors selon l’atlas routier, il nous reste 97 + 42 + 77 + 22 km à parcourir aujourd’hui. Sachant qu’il nous reste à peu près 350km d’essence et qu’il y a une station à 77 km de la ville qui se trouve à 23 km au nord de notre arrêt de ce soir, est-ce qu’on attend demain pour faire l’essence ou doit on s’arrêter à celle qui est à 62 km d’ici ?  » Le mieux est de se permettre une marge d’erreur en ayant toujours 2 bidons d’essence sur le toit.

5 – Choisissez bien votre endroit pour dormir

Il existe en Australie la notion de « free camping ». Parfois c’est indiqué par des panneaux, parfois non. Seules des traces d’autres campeurs sont visibles. Avant de vous installez, vérifiez :
– Que vous n’êtes pas en territoire aborigène nécessitant un permis, ou si c’est le cas, que vous êtes suffisamment proche de la route pour avoir le droit de passer la nuit.
– Que vous n’êtes pas sur un site sacré aborigène.
– Que vous n’êtes pas sur une propriété privée.
– Qu’il n’y a pas d’animaux féroces dans le coin.

6- Appréciez le contact de la faune raisonnablement

Si ce n’est pas une vache qui passe à 1 m de votre van en beuglant ou un oiseau qui décide d’inspecter le contenu du toit ce sera un renard qui renifle votre campement ou un corbeaux qui se prend les pattes dans les chaises, bref c’est inévitable.
Mais sachez tout de même restreindre le contact.
– Ne laissez jamais le sac poubelle ou la vaisselle de la veille à l’extérieur la nuit. Ca invite trop de bestioles à se régaler de leur contenu, que ce soient des dingos par terre ou des opossoms sur le toit.
– Rangez tous les petits objets la nuit. Pour une raison indéterminée tout ce qu’un dingo, un renard ou un corbeau peut voler, il le volera.
– Sachez toutefois que certains animaux déjouent toutes ces précautions. Pas plus tard qu’hier, une souris du Bush s’est faufilée dans notre sac poubelle avant qu’on le rendre, nous a réveillé au milieu de la nuit alors qu’elle en inspectait le contenu, s’est glissée sous notre lit pour continuer son inspection, grignoter quelques chips au vinaigre et décider qu’elle n’aimait pas ça, tout en nous empêchant de dormir et nous rendant fous pendant 2 bonnes heures.
A poil et en rage, Nico a fini par lui donner chasse et apparemment la effrayée suffisamment pour qu’elle s’enfuie de la voiture car nous n’avons pas eu de signes de sa présence depuis.

7 – Armez-vous

Dormir au milieu de rien ou en pleine ville laisse le backpacker vulnérable. Par tranquillité d’esprit, avoir une arme à porté de main reste important. Surtout lorsque vous lisez trop de romans et que votre imagination débordante interprète le moindre bruit du bush comme une menace. Vu que le problème essentiel du backpacker reste l’économie de place, optez pour une arme faisant double-emploi.
Nous, on a choisi le marteau. Comme ça on peut réparer les portes des placards du van lorsqu’elles nous restent dans la main.
D’autres ont opté pour la hache, autrement plus dissuasif et en plus ils ont du petit bois pour le feu.
Bon OK, vous ne vous ferez surement pas attaquer par quoi que ce soit de plus gros qu’un moustique mais si ça peut vous aider à dormir… (ou par un croco, mais dans ce cas l’arme ne servira à rien de toute façon.)

8 – Attention aux road-trains

Déportez-vous ou arrêtez-vous sur le côté pour laisser passer les road trains.
On nous a donné ce conseil dès le début. Au départ, on prenait ça comme une autre rumeur exagérée de backpackers car les routes sont suffisamment larges pour se faire doubler par tous les véhicules sans danger.
Aujourd’hui nous en sommes à notre 3ème pare-brise à cause des innombrables éclats et craquelures créées par les cailloux projetés par ces même road trains. Le conseil nous semble désormais plein de sens.

9 – Socialisez

Les voyageurs sont une société à part entière en Australie. Sur les aires d’autoroutes vous en rencontrerez plusieurs spécimens :
– Les autres backpackers, Francais, allemands, anglais majoritairements, même tranche d’age, globalement la même histoire que vous et la même expérience du bush.
– Les autres backpackers en véhicules de locations. Pas des vrais de vrais quoi, qui ne sont sur la route que pour 1 semaine ou 1 mois, acceptés dans le groupe des voyageurs que parcequ’ils sont aussi sur ce campement dans le bush au milieu de rien, mais des petits joueurs comparé à ceux qui n’ont pas dormi dans un vrai lit ou vu l’intérieur d’une cuisine depuis 9 mois.
(En vrai on les envie car ils retourneront bientôt au confort d’une maison ou d’un hôtel).
– Les Australiens d’age mur, suréquipés, partis de chez eux il y a 7, 11 ou 18 mois, et effectuant leur 14e tour de l’Australie dont 6 offtrack (sans routes goudronnées).

Pour nous, les plus intéressants sont ces derniers, connaissant tous les recoins et toujours avides de partager leurs expériences.
Souvent sur la route depuis des mois, ils sont toujours contents de bavarder avec qui que ce soit.
Pour procéder :
Lancez-leur un
– « Gday Mate Howz’it going » bien prononcé (soit avec le pire accent du bush nasillard que vous pouvez formuler, genre vous avez un rhume, un raclement de gorge, un chewing-gum, une irritation des cordes vocales et un spasme à la joue gauche en même temps).
– Faites une réflexion philosopho-météorologico-routiere du genre : « Bloody track outtathere, d’you reckon it’s gonna keep pissing like that ? » (« Quelle route affreuse venons-nous de parcourir, estimez-vous que cette météo non conciliante persistera dans les jours à venir?)
– Rapprochez vous de leur caravane/campingcar en repérant un détail technologique intéressant et demandez-lui comment ça fonctionne. (Ces Australiens sont des campers hi-tech avec des caravanes du futur aérodynamiques, panneaux solaires, récupérateurs d’eau, et autres gadgets utiles pour être complètement autonomes.)(Capables d’alimenter un frigo américain, une télé, un ordi et une radio avec 6 batteries alimentées par panneaux solaires).
– Vous vous êtes fait un ami pour la vie (enfin pour le temps que vous allez passer sur l’aire d’autoroute quoi).
– Conversez sur ses précédents tours d’Australie, les endroits à ne pas manquer là où on va, les meilleurs spots de free camping, les techniques pour faire du feu dans une ancienne bouteille de gaz ou les meilleures marques de bombes anti-moustiques.
On est assez fiers de nous car on a nous même su conseiller quelques Australiens sur le Western Australia, preuve qu’on devient des durs de durs !

10 – Vérifiez que toutes les portières sont fermées avant de démarrer

Ne laissez pas le coffre ouvert en allant par exemple cherchee votre partenaire au travail. Ne vous demandez pas pourquoi tous les autres conducteurs vous regardent bizzarement. Ne vous faites pas klakonner à un feu par un mec vous faisant des grands gestes bizards. Ne descendez pas en panique et honteux de la voiture pour fermer le coffre. Ne réalisez pas que vous avez perdu vos chapeaux et casquettes habituellement posés sur la plage arrière et réjouissez vous de voir que les portes du garde manger ne se sont pas ouvertes.

11 – Esquivez

La route Australienne ne comporte pas vraiment de risques, à part celui de s’endormir par ennui tellement est droite et vide de trafic.

Par contre, attendez-vous à avoir toute la faune Australienne tester votre vigilance.

Des fois vos réflexes seront assez performants :
– Un aigle immense refuse d’abandonner la carcasse sur lequel il se nourrit, et reste au milieu de la route pendant que vous le contournez.
– Une centaine de Galahs décollent en même temps à 2 mètre de la route juste devant vous en une flotte grise et rose désorganisée.
– Une vache traverse la route nonchalamment, heureusement suffisamment loin pour qu’on ralentisse. Se demandant ce qui fonce vers elle, elle s’arrête au milieu pour nous regarder. Et laisse le reste du troupeau la rejoindre.
– Un gros lézard magnifique est tétanisé en position de combat au milieu de la route, et reste immobile comme une pierre alors qu’on l’évite de quelques centimètres.

Heureusement on a généralement la route pour nous tous seuls et il est facile de se déporter sans danger.

Par contre d’autres fois le carnage est inévitable :
– Un immense nuage de sauterelles. La nuée d’insectes met plusieurs minutes à passer… et à s’écraser sur la voiture.
– Des petits oiseaux trop mignons et kamikazes ont la mauvaise habitude de voler ras-les-roues à fond la caisse d’un côté à l’autre du bitume.
Et paf l’oiseau.


4 commentaires pour “Le petit guide de survie du backpacker dans le bush”

  1. Mais ça ressemblerai bien à un début de bilan tout ça!!!Le retour se précise???
    Bon encore 2 mois, alors sûr que vous aurez encore de belles photos et aventures à nous faire partager.
    See you soon!
    bisous

  2. Vos reportages et commentaires ne sont pas dénués de bons sens, toujours remplis d’humours et se lisent comme un bon bouquin ou un roman d’aventures!!!

  3. MAN VS WILD!

  4. […] http://carnetdailleurs.com/2010/09/le-petit-guide-de-survie-du-backpacker-dans-le-bush/ […]