La route du Kimberley

La route continue, vers l’Est cette fois-ci, en direction du Territoire du Nord. La route droite et morne  forme des mirages, mais de chaque côté de son ruban, c’est le théâtre du bush qui est mis en branle.
Sur sont côté sont parsemés des centaines de termitières qui n’ont rien à envier aux Pinacles. Ici et là, quelques spécimens remarquables de vaches saluent notre passage. Les bas-côtés sont couverts d’un tapis de fleurs sauvages, étonnantes dans cette région aride. Un Brolga ou un Australian Bustard à l’envergure dépassant le mètre s’envolent sur notre passage. Majestueux, les baobabs trônent dans le paysage, leur grosseur témoignant du poids des ans et de leur importance.
Enfin, nous faisons étape à Fitzroy Crossing. La ville n’offre pas de grand intérêt, en dehors des Geiki Gorges, à quelques km de là.
La rivière a encore une fois sculpté des reliefs étonnants, ornés de couleurs changeantes. Nous longeons le cours d’eau et apprécions le calme et la beauté du lieu. Plongés ainsi dans la forêt nous oublions la route et sa chaleur. Nous remarquons les nombreux kangourous qui paissent dans les hautes herbes et écoutons les chants des oiseaux si étonnants. Nous admirons la rivière et ses berges. Ca et là un bout de bois échoué témoigne des crues impressionnantes qu’elle subit tous les ans. Des branches près de l’eau se mettent en mouvement et rentrent dans l’eau nonchalamment, ne laissant paraître que leur épine dorsale et le haut de leur museau.
Stupeur.
Sueur froide.
Évaluation de la distance entre les fameux bouts de bois et nous.
Observation des spécimens afin de déterminer leur espèce exacte.

Il s’agit bien de Crocodiles.

La promenade continue, les yeux rivés sur la rivière, l’oreille à l’affût du moindre bruit bizarre. Ces paysages paradisiaques prennent tout de suite une autre dimension lorsqu’on réalise que l’eau grouille littéralement de ces bestioles.
Heureusement il ne s’agit que du crocodile d’eau douce.

Deux espèce « sévissent » en Australie.
Les individus de la première espèce (que j’appellerai les « gentils-croco ») peuvent mesurer jusqu’à 2 mètres, sont inoffensifs pour l’homme, tant que bien sur on ne s’amuse pas à les asticoter. Ils se nourrissent de poissons et petits animaux. Ils sont facilement reconnaissables grâce à leur long museau très fin et leurs dents toutes pointues.

Les individus de la seconde espèce (que j’appellerai les « crocos-oh-mon-dieu-nico-un-mechant-croco-sauve-qui-peut ») peuvent mesurer jusqu’à 7 mètres. Il ont un tempérament nettement plus agressif que leurs cousins, et comme si ils savaient qu’ils étaient désignés pour tuer et déchiqueter, ils se comportent clairement comme des prédateurs ultra territoriaux. Le plus drôle, c’est qu’ils sont très mobiles, dans l’eau ET sur la terre, et bien que je ne souhaite pas vérifier, courent sans aucun doute bien plus vite que moi. Ils sont recouverts de bosses, sont très moches, et ont une gueule si large qu’elle peut facilement gober un ballon de foot (ou ma tête) et ont des dents aérodynamiques qui se barrent dans tous les sens et d’une taille phénoménale histoire de bien s’assurer qu’ils n’en perdent pas une miette.

Vous l’avez compris, nous avons observé la première espèce de gentils-crocos.
Heureusement, le gouvernement Australien s’est dit que les « crocos-oh-mon-dieu-nico-un-mechant-croco-tu-as-vu-ses-dents-et-en-plus-il-court-vite-vas-y-fait-diversion-je-m-enferme-dans-la-voiture » (oui plus j’en parle, plus ils me font peur) ne faciliteraient pas le tourisme. Aussi, ils sont signalés dès que leur présence est possible. Après, il n’y a plus qu’à suivre les conseils des panneaux et ne pas traverser les rivières nu-pieds (avec des chaussures non plus d’ailleurs).

Nous passons la nuit non loin du parc.
Assez loin de la rivière, notre imagination ne se prive tout de même pas pour interpréter chaque bruit de la pire manière qui soit.
- Ca grogne un croco ???
Bruit lointain « Crrrr crr roooah »
- Oh putain ça c’est forcément un croco
- Moi demain je regarde sous la voiture avant le mettre le pied dehors
- « Roooah grrrr crrr »
- Bon allé on se détend, a priori ça sait pas ouvrir les portières.

Le lendemain, aucun croco en vue. mais le son se refait entendre… Son qui émanait en réalité d’une vache qui beuglait non loin de là.
(Oui l’imagination peut vraiment tout transformer parfois)


Un commentaire pour “La route du Kimberley”

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